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Edouard Gamas déporté 28 mois
Le camp de concentration de Flossenbürg (Allemagne)

 

1939-1945 : résistant et déporté

En 1938, lorsque lui revint l'honneur de prononcer une allocution devant le monument aux morts de Bordeaux, à l'occasion du retour de Paris du Flambeau de la Gironde, le 13 novembre, au nom des Anciens Combattants, Edouard Gamas s'engagea :



« France du Christ, toi qui fut si belle,

France de tous les cultes,

France de la pensée libre,

France de la glèbe et de l'usine, du travail manuel et intelectuel,

France éternelle,

avec ferveur, nous voulons assurer ton redressement total.

Evoquant ici la mémoire vénérée de nos grands disparus devant Dieu,

en nos consciences, face à cette flamme où palpite ton âme,

nous sacrifions sur l'autel de la patrie :

nos penchants pour notre commodité personnelle,

notre indifférence pour le bien-être des Français,

l'orgueil de notre vanité,

notre résistance à soumettre nos intérêts individuels à l'intérêt général.

Nous jurons solennellement de tout faire pour réaliser l'union de tous les fils de France,

de les aimer, de les secourir.

Nous jurons de consacrer notre volonté à l'accomplissement de notre devoir

individuel, familial, civique et national.

A cet accomplissement, nous vouerons notre pensée, notre parole,

nos ressources, notre influence, notre intelligence.

Nous jurons de servir ton idéal d'amour fraternel et de justice sociale.

Et pour que tu te retrouves, ô France,

nous voulons vivre et,

s'il le faut

mourir »

 

Gamas sous surveillance

Mais en cette même année, déjà, il connaissait l'existence d'une fiche à son nom dans les services de la Gestapo. Sa teneur lui en fut révélée en 1942. Il y était qualifié de « très grand patriote ». Etant donné sa conduite pendant la guerre 1914-1918 et son attitude depuis, « il pourrait constituer un très grand danger par l'armée Allemande ». Il était en outre préconisé de le « mettre au fort de Hâ » (pendant l'occupation les nazis utilisent le fort comme prison politique pour y enfermer les opposants et les résistants. E.Daladier et G.Mandel en furent temporairement pensionnaires).

Aussi n'est-il pas surprenant que le 27 novembre 1940, par une ordonnance de leur représentant militaire à Bordeaux, les Allemands, à peine arrivés, décidèrent la supression de l'emploi du "Chef de Pilotage de la Gironde ".

Bien que se sachant particulièrement surveillé, il célébra le 3 mai 1940, en sa qualité de Président du comité d'organisation, la fête nationale polonaise. La journée prit fin aprés un gala donné au Grand Théâtre de Bordeaux au cours duquel il présenta le conférencier, professeur agrégé de Varsovie, et n'hésita pas à affirmer sa position personnelle à l'égard du Fürher.

Dans sa retraite forcée, littéralement tourmenté par le besoin de servir sa patrie meurtrie, Edouard Gamas entra dans la Résistance, malgré son age (64 ans), le 15 mars 1941. Il ne se contenta pas d'appartenir au Service de Renseignements du groupe « Jade Amicol » de l'Etat-major interallié, car, bien décidé à travailler toujours d'avantage pour son pays, il se fit un devoir d'entrer en rapport, le 15 juin 1941, avec le commandant Gaudin, du Réseau « CND Castille ».

De 1941 à 1943, il accepta de remplir plusieurs missions parfois dangeureuses dont l'importance et la réussite pour la cause de la libération lui valurent d'être cité à l'Ordre de l'Armée pour services de guerre exeptionnels.

Certes, s'il l'avait voulu, il aurait pu se mettre hors de danger car, à la fin du mois de décembre 1942, des amis l'avisèrent de l'imminence de son arrestation. Il refusa d'abandonner les siens, de même qu'il avait décliné l'offre qui lui fut faite de participer à l'étranger à une forme de Résistance apparemment indépendante.

Hélas, le 30 janvier 1943, des agents de la Gestapo l'arrêtèrent sous l'inculpation : "Espionnage et résistance à l'armée Allemande". Ils prirent à son domicile force documents et souvenirs épistolaires qui, pour lui, avaient beaucoup de valeur.

Interné au fort de Hâ, comme cela était prévu, il fut transféré à Fresnes, plusieurs mois, pour être ensuite déporté en Allemagne le 31 mars, avant d'être conduit au camp de concentration de Flossenbürg (commando d'Eisenberg), où il arriva le 1er septembre 1943.

 

Le camp d'Eisenberg

Le schloss d'Einsenberg se présentait sous l'aspect d'une vieille demeure délabrée dont les murs humides avaient deux mètres d'épaisseur environ. L'entrée, constituée par un portail plein et massif, était flanquée de deux miradors continuellement occupés par des sentinelles rangées derrière des mitrailleuses à demeure. Le camp était clos d'une enceinte absolument infranchissable.

Durant sa captivité, Edouard Gamas, Doyen du camp, s'employa à sauvegarder le moral de ses compagnons d'infortune. Il se donna pour tâche de maintenir entre eux un climat d'union et de concorde, de soutenir leur espérance, de galvaniser les énergies tandis qu'il conservait une entière confiance dans le destin de la France et continuait d'entretenir la divine flamme intérieure et rayonnante qui réchauffait son coeur en l'embrasant.


« ... que de fois vous avez su apaiser des querelles et amener à la réconciliation des camarades prêts à se déchirer. Et de quelle activité vous avez fait preuve »... reconnaissait le commandant Granier dans une lettre datée du 14 juin 1945.

Les déportés du camp d'Eisenberg furent libérés le 7 mai 1945. Rentré de captivité le 13 mai 1945, le coeur exempt de toute haine, Edouard Gamas, se souvenant de ses promesses faites quelque sept ans plus tôt, a pu, en toute vérité, porter la mention suivante en marge du texte de l'allocution évoquée plus haut :

 

« Mon serment, je l'ai tenu »

 

De retour de ses 28 mois de captivité, Edouard Gamas fut convoqué à Nantes lors du jugement de certains dénonciateurs. Avant de juger celui qui avait donné aux Allemands le nom de Gamas, le président du tribunal dit :

- De votre réponse, commandant, dépendra la vie de cet homme (lequel occupait un haut poste à Bordeaux dans le milieu maritime en 1939), êtes-vous certain, Commandant, que c'est sa dénonciation qui entraîna votre déportation ? Répondez par oui ou par non.

Dans son fort intérieur, Edouard Gamas se dit :

- J'ai des preuves de sa culpabilité...mais je ne veux pas qu'un tel déshonneur rejaillise sur toute sa famille, Dieu jugera.


Sa réponse fut ...NON. Ce monsieur fut relaché.

 

En reconnaissance des services rendus :

il fut :

  • Cité à l'ordre de la Brigade, le 4 septembre 1946

  • cité à l'ordre de l'Armée pour services de guerre expectionnels par le Président du gouvernement provisoire de la république, monsieur Georges Bidault, sur proposition du ministre des Armées, le 22 novembre 1946.

"Officier hors pair, glorieux combattant de la guerre 1914-1918. Bien que connu de la Gestapo pour son activité anti-allemande, s'est mis dés mars 1941, au service de la Résistance du groupe Jade-Amicol de l'Etat-major Interallié, a assumé malgré son âge des missions très dangeureuses, avec un dévouement au-dessus de toutes éloges. En liaison avec le réseau C.N.R. Castille, a fourni des renseignements de grande utilté dans la lutte menée contre la flotte ennemie. En toutes circonstances a fait preuve d'un cran admirable et d'un patriotisme ardent. A été arrêté par la Gestapo au retour d'une de ses missions le 30 janvier 1943 et déporté en Allemagne au camp de Flossenbürg (commando d'Eisenberg)" Cette citation comporte l'attribution de la Croix de guerre avec Palme.

 

Elévé à la dignité de Grand offcier de la Légion d'Honneur  

par décret du 15 janvier 1947, avec la citation suivante :

 

"Officier supérieur du plus grand mérite, vétéran de la Brigade des Fusiliers-marins de la guerre 1914-1918. Se mit au service de la Résistance dès 1941. A rendu les plus grands services à la cause de la libération. Arrêté par la Gestapo et déporté en Allemagne ou il subit 28 mois de captivité".



Enfin, le 13 juillet 1947, lui était attribué la médaille de la Résistance.

 

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