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Clémenceau et Gamas

(Récits)

Lorsque je faisais partie du cabinet du ministre de la Marine, j'étais chargé du personnel et d'autres services dont celui des automobiles.

Il faut vous dire que, pendant que j'étais au front, il m'était arrivé plusieurs fois de faire monter dans mon auto les charmantes artistes qui venaient nous apporter le sourire de leur talent: Dussance, Madame Croizat et bien d'autres. Aussi quand j'arrivai à Paris, le pli étant pris, je continuai cette galante habitude qui, je l'avoue, n'était pas tout à fait réglementaire.

Un jour sur le pont de l'Alma, ayant une de mes tantes dans une auto du ministère, je fus arrêté par un lieutenant monté sur un motocyclette qui me demanda de décliner mes nom, titres, etc. et me rappela, très courtoisement, qu'il était interdit de transporter des femmes dans les autos militaires. J'en convins, mais ne changeait point pour autant ma manière de faire.

Quinze jours aprés environ, l'amiral Tracoun, chef de cabinet du ministre, me fit appeler pour me dire :

- Gamas, vous avez dû recevoir une circulaire du président Clémenceau rappelant qu'il est interdit de mettre des femmes dans les autos militaires. Je suis chargé de vous dire que cette circulaure a été faite pour vous, intentionnellemnt, que la seule, qui ait été signée Clémenceau est cette dernière, adressée au ministère de la Marine, mais le Président ne voulant pas rappeler à l'ordre un poilu comme vous, a cru devoir le faire afin que l'on ne sache pas à qui on s'adressait plus particulièrement. Alors, qu'allez-vous faire ?

Je lui répondis :

- Amiral, j'ai pris de mauvaises habitudes au front pendant la guerre, et je dois les conserver jusqu'à ce que la guerre soit finie.

L'amiral me rétorqua :

- Vous dites cela, mais vous ne le ferez pas.

Et j'ajoutai :

- Au surplus, je n'ai pas d'autographe de Clémenceau, je vais faire taper une copie conforme et mettrai son autographe dans mes papiers personnels.

Et naturellement, je continuai. Et naturellement aussi, je fus pris à nouveau quelques deux mois aprés. Rapport fulminant du capitaine au général Mordac, chef de cabinet de Clémenceau. En transmettant le petit rapport au « Tigre » Mordac lui dit :

- C'est encore Gamas, il faut le mettre aux arrêts.

Mais Clémenceau de rétorquer d'une voie puissante :

- C'est encore Gamas, qu'on lui foute la paix.

Mais à quelques temps de là, ce fut Clémenceau qui me posséda, voici dans quelles circonstances: nous avions été plusieurs a considérer que la race Française serait diminué de ses sources vitales par cette longue guerre de 14-18 et qu'il était nécessaire de créer un ministère de la Santé Publique qui aurait précisemment pour mission de veiller sur la santé des Français. Avec le concours de Henri Paté, vice-président de la Chambre, nous constituâmes un comité dit « Comité national d'Education physique et sportive et d'hygiène sociale ». Ce comité comptait dans son sein les plus hauts représentants des administrations, de l'instruction, du commerce, etc, et quand il fut constitué définitivement, nous demandâmes au président Clémenceau de bien vouloir le recevoir. Le président acceuillit favorablement notre demande, et un jour Henri Paté nous présenta à lui. Nous étions environ une vingtaine.

Les présentations faites, Clémenceau dit à Henri Paté :

- Eh bien ! Quels sont vos moyens d'action ?

Celui-ci ayant préparé un beau discours en trois points, commença à le réciter. Il fut interrompu immédiatement par le président qui l'interrogea d'un ton incisif.

- Quels sont vos moyens d'action ?

Henri Paté un peu désemparé lui répondit :  

- Mais nous avons la presse.

- Je suis un ancien journaliste, je ne crois pas à la presse.

- Nous lancerons des tracts

- Des tracts, c'est un fichèse...

Alors Henri Paté eut une idée, et, nous désignant d'un large geste du bras, dit à Clémenceau :

- Eh bien, nous avons groupé des hommes d'action.

- Alors je vous comprends, avec ces hommes-là vous ferez quelque chose, combien vous faut-il ?

- Trois millions.

- Vous les avez. C'est tout ?

- Oui, Monsieur le Président.

Et les membres du comité se levèrent et défilèrent devant le Président. Clémenceau saluait de la tête ceux qui passaient, mais ne leur serrait pas la main, de ses mains toujours gantées de gris. Lorsque je m'inclinai devant lui, il me tendit la main; comme j'avais fort bien remarqué qu'il n'avait point eu ce geste pour mes camarades, je crus devoir dire :

- C'est un grand honneur pour moi, Monsieur le Président.

Mais lui :

- L'honneur est pour moi, Monsieur.

Et comme j'insistais, il répéta sur un ton presque violent:

- L'honneur est pour moi, je sais ce que je dit.

Je peux donc dire que si j'ai eu Clémenceau en me montrant cabochard une fois, il m'a possédé à son tour en se montrant plus cabochard que moi.

 

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