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Bataillon de Fusiliers-marins (1916)
1 Le roi Albert 1er de Belgique 2 Le capitaine Gamas

 

La nuit du 24 au 25 octobre 1914: " Feu à volonté ! "

Le bataillon Pugliesi-Conti, qui avait perdu dans les affaires de Beerst, le 19 octobre, plusieurs officiers dont trois capitaines de compagnie, de Maussion de Cande, tué, les lieutenants de vaisseau Pertus et Hebert et plus de 250 hommes avaient été mis en réserve le 20 octobre sur la rive gauche de l'Yser. Ayant complété ses cadres et son unité, il reçut l'ordre le 24 au matin, de prendre place en prmière ligne dans le nuit du 24 au 25 octobre.

Les quatres capitaines de compagnie sous la direction du capitaine de frégate Pugliesi-Conti, commandant du 2ième bataillon, firent faire à la fin de la matinée une reconnaissance des lieux. Seule la position d'une compagnie, qui était très fortement marmitéé, ne put être repérée. Le commandant Pugliesi-Conti dit au lieutenant de Vaisseau Gamas : « Puisque vous êtes le plus ancien, c'est vous qui, cette nuit, irez occuper les positions que vous aurez à trouver. »

Ce même jour, à la tombée de la nuit, la compagnie Gamas se mit en route dans la direction indiquée, pour occuper les positions qui étaient du côté de la route d'Essen. Comme la partie de la ville de Dixmude qu'il fallait traverser été très bombardée et sillonée de balles, la capitaine Gamas, aprés avoir mis ses hommes à l'abri des balles derrière les murs, forma une patrouille à laquelle il donna la consigne de chercher les tranchées de lieutenant de vaisseau Lucas qu'il devait relever. Sa patrouille devait rester une demi-heure dehors.

Au bout de ¾ d'heure, la patrouille n'étant pas revenue, la capitaine Gamas pris la décision d'aller chercher lui-même ladite tranchée, et pour cela parti en tête de sa première section en laissant un grand intervalle entre la première et la seconde section, pour parer à tout effet de surprise.

Il arriva bientôt devant un petit poste belge, commandé par un lieutenant. S'adressant à celui-ci, il lui a demandé s'il savait où était les positions de la compagnie Lucas.

- Oui.

- Alors, dit Gamas, donnez-moi un de vos sous-officiers (ce lieutenant était entouré de 5 ou 6 sous-officiers) pour nous montrer le chemin et nous accompagner jusque là. Le lieutenant demanda un volontaire, mais il n'y en eu point. Mettant revolver au poing, la capitaine Gamas tint le language énergique suivant.

- Je vous somme de désigner quelqu'un pour nous accompagner.

Devant ces menaces, le lieutenant Belge désigna un sous-officier. Celui-ci se contenta de traverser la route d'Essen, d'ouvrir la barrière en fer, et en faisant un vague signe du poing, dit: « C'est par là » puis il retourna au galop à l'abri de son poste.

La capitaine Gamas forma sa première section en colonne un par un, et à 4 pas, et marcha dans la direction indiquée en laissant la route d'Essen sur sa droite. Il avait parcouru environ une cinquantaine de mètres lorsqu'il aperçut, sur la route d'Essen, des soldats munis de casques, qui marchaient en faisant le moins de bruit possible, en colonne un par un. La compagnie était à ce moment à environ 300 ou 400 mètres à l'intérieur des lignes.

La seule hypothèse était donc que l'on avait affaire à des Boches.

Mais , dans le doute, le capitaine Gamas, à voix très basse, ordonna de faire demi-tour afin de grouper les hommes sur la route d'Essen et de voir à qui ils avaient affaire. Il disposa sa première section face à l'ennemi, le premier rang à genoux, le deuxième debout, et interpella ceux qui arrivaient du côté de l'ennemi et qui étaient de plus en plus nombreux, en criant d'une voix forte: « Hé ! »

A sa grande surprise, il s'entendit répondre sur un ton que l'on peut qualifier de cordial, d'amical :

- Allemands !

S'étant mis de côté, Gamas ordonna :

- Feu à volonté !

Et quelques minutes aprés :

- Cessez le feux, en avant la baïonnette !

Une cinquantaine de Boche restèrent sur la route. A un moment donné, la capitaine Gamas se trouva devant des officiers Boches, dont l'un d'eux tirait des coups de revolver en visant à la hauteur de ses genoux, sans l'atteindre toutefois, mais en blessant des hommes qui étaient à sa droite. Les blessés crièrent, et le capitaine qui avait dirigé son revolver vers la gorge de l'officier qui tirait, l'abattit d'un seul coup.

Quelle ne fut par sa surprise, alors, de voir accourir derrière lui, le chef de sa patrouille le Brevelec, qui avait été fait prisonnier par les Boches.

La route ayant été balayée, le capitaine Gamas envoya un agent de liaison prévenir le commandant Pugliesi-Conti de ce qui s'était passé; puis marchant à nouveau dans la direction indiquée par le Belge, chercha l'emplacement occupé par la compagnie Lucas. Il finit par la trouver et la releva. Mais ignorant exactement combien d'hommes il avait perdu dans l'échaffourée précédente, il demanda au capitaine Lucas, qui accepta, de laisser sur place une section qui ne serait utilisée que si les Allemands attaquaient.

Cette nuit fut une des plus mauvaises de la guerre pour la 7ième compagnie. Les Boches attaquèrent à plusieurs reprises. Lors de la première attaque, le capitaine pour augmenter le sang-froid de ses hommes leur avait dit :

- Vous ne tirerez que sur mon ordre, et je ne le donnerai que lorsque les Boches seront près de nous.

Ce qui fut fait, les Boches étaient à une trentaine de mètres de nos positions. Grande surprise ! La plupart des fusils étaient enrayés. Pendant la marche de nuit, de la terre s'était introduite dans les culasses et les armes étaient bloquées. Que faire ? Ce fut bien simple !

 - Au-dessus du parapet, et en avant à la baïonnette!  Et l'on ne parla plus des Boches qui nous avaient attaqué.

 

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