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La compagnie Gamas

 

Beerst, le 19 octobre 1914

(Récits)

Le 19 octobre 1914, la bataillon Pugliesi-Conti fut chargé d'occuper le village de Beerst, au nord de Dixmude. Il s'avanca sur la route de Beerst, la compagnie Gamas étant compagie du jour était la dernière. La première compagnie était commandé par le lieutenant de vaisseau Pertus. Elle reçut l'ordre d'aller occuper une position plus au nord et qui se prolongeait jusqu'à la limite nord du village.. Le capitaine avança donc dans cette direction, ses hommes déployés en ligne de tirailleurs. Puis il fut brusquement arrêté par des feux nourris d'une infanterie qui se trouvait face à lui. Il demanda alors des instructions au commandant Pugliesi-Conti, qui lui dit : "Occupez les positions fixées, même en combattant." Le capitaine Pertus fit quelques bonds, mais les feux de l'infanterie était tellement vifs qu'il ne put faire beaucoup de chemin, il fut blessé lui-même d'une balle dans la jambe.

Voilà donc une compagnie immobilisée...

La compagnie qui venait ensuite était la 2ième compagnie, commandée par le lieutenant de vaisseau de Maussion de Cande. Celui-ci reçut l'ordre de se diriger vers une position perpendiculaire à celle que venait d'occuper le capitaine Pertus et de s'y maintenir. Croyant sur la foi d'un renseignement érroné que le village de Beerst était occupé par des Belges, de Maussion de Candé se dirigea vers la position en ligne de section par quatre.  Mais arrivé à 50 mètres environ des lisières ouest du village de Beerst, il fut reçu par deux feux d'infanterie et des mitrailleuses et reçut lui-même 2 balles mortelles, l'une au coeur, l'autre au bulbe rachidien. 120 hommes environ furent mis hors de combat, le reste de la compagnie s'immobilisa au sol.

Une deuxième compagnie immobilisée...

Le commandant Pugliesi-Conti fit alors appel à la 3ième compagnie, commandée par le lieutenant de vaisseau Hebert. Il lui donna l'ordre de faire le nécessaire pour dégager les restes des compagnies de Pertus et de Maussion de Cande. Mais, arrivé à une cinquantaine de mètres des côtés de cet angle, il fut lui aussi arrêté par des feux trés nourris. L'officier des équipages à Beerst, Fossey, fut tué. L'enseigne de vaisseau de Blois blessé grièvement. Hebert reçut une balle dans le bras, une centaine de ses hommes  furent blessés ou tués. Le reste de la compagnie resta cloué au sol.

Une troisième compagnie immobilisée...

Le commandant Pugliesi-Conti fit alors appeler le capitaine Gamas et lui donna un ordre analogue à celui qu'il avait donné au lieutenant de vaisseau Hebert.  Le capitaine Gamas, aprés une reconnaissance rapide du terrain, se rendit compte que la seule façon de dégager les compagnies de Pertus et de Maussion de Cande était de prendre le village de Beerst de front pour obliger les Boches à l'évacuer. Le village évacué, les restes de ces deux compagnies pourraient alors sans risque faire leur retraite. Pour réaliser son plan, le lieutenant de vaisseau Gamas dut faire marcher sa compagnie vers Dixmude, ce qui donnait l'allure d'une section qui s'enfuyait.

Le commandant Pugliesi-Conti l'interpella vigoureusement et lui dit : "Que faites-vous ?"

 Ayant mis sa compagnie à l'abri dans un fossé, le capitaine Gamas se rendit à l'appel du commandant et entre eux s'engageat le dialogue suivant :

- Gamas, que faites-vous ?

- Je prends mes disposition pour remplir ma mission.

- Mais que comptez-vous faire ?

- Me rendre sur le flanc des allemands sans être vu par eux, à la faveur d'une marche dans un fossé très profond qui borde la route conduisant à Beerst.

- Mais, si vous faites cela, il ne vous restera pas un seul homme quand vous reviendrez à Beerst.

- Au contraire, Commandant, c'est à mon avis la meilleur façon de procéder.

- Gamas, je vous donne l'ordre de passer par ici.

Et du poing il désigna la bissectrice par laquelle s'était engagé le lieutenant de vaisseau Hebert.

- Non, Commandant, je ne puis prendre ce chemin, pour deux raisons, d'abord parce que je ne suis pas plus intelligent que le capitaine Hebert. Où il a échoué, j'échouerai si j'utilise les mêmes moyens. Deuxièmement, mes hommes ne sont pas assez aguerris pour traverser impunément un champs de mort.

- Gamas, je vous donne l'ordre de passer par là.

- Je n'écouterai pas cette ordre, Commandant, je suis chef d'unité. Vous m'avez donné une mission, je l'ai naturellement acceptée. Mais c'est à moi et non à vous de choisir les moyens de la remplir. Tel est le règlement de l'infanterie.

- Gamas, je vous donne l'ordre...et il esquisse le geste de sortir son revolver

(beaucoup plus tard, au hasard d'une conversation avec un des ses poilus, Edouard Gamas apprit qu'avant même que le commandnat Pugliesi-Conti eut sorti son revolver, il aurait été descendu par des matelots qui avaient déjà leur fusil en joue,; ils n'auraient pas laisser tuer leur « capitaine ». Gamas aurait terminé en disant « je ne veux pas qu'on puisse dire à mes enfants, que leur père menait ses hommes à la boucherie »)

Le capitaine de vaisseau Varney, qui se trouvait à une vingtaine de mètres de nous abrité par un pan de mur, Varney qui commandait le 2ième régiment de fusiliers-marins auquel appartenait le bataillon Pugliesi-Conti, voyant ce geste, et devinant ce qui se passait, accourut et demanda ce qu'il y avait.

Très loyalement, le commandant Pugliesi-Conti qui n'avait pas de formation spéciale de fantassin raconta ce qui venait de se passer.

Le capitaine de vaisseau Varney dit alors : « Gamas a raison, laissez-le faire. »

Le capitaine employa alors le moyen qu'il avait décidé de suivre. Ayant bien expliqué à ses hommes que l'essentiel était de produire un effet de surprise pour tomber sur le flanc des Boches, et qu'en conséquence ils devraient bien se cacher au fond du fossé qui conduisait à Beerst, il se dirigea vers le village.

Ayant massé sa première section derrière les murs d'une maison de Beerst, il déboucha brusquement dans le village et les Allemands s'enfuirent à toutes jambes; puis, il arriva dans le cimetière qui entourait l'église. Les Allemands qui s'étaient repris, envoyèrent des shrapnells sur le cimetière. Gamas ordonna à ses hommes de faire la tortue. Pas un homme ne fut blessé. Les Allemands, estimant que les Fusiliers-marins avançaient, raccourcirent leurs tirs et ce fut seulement lorsque le tir fut trop court d'environ 50 mètres que la compagnie repris sa marche en avant. Elle occupa alors entièrement et sans férir, le village de Beerst. Tous les Allemands qui furent tués, le furent avec une balle dans le dos. Le reste de la compagnie de Maussion de Cande se mit sous les ordres du capitaine Gamas. Le village de Beerst étant pris, les lisières occupées, ce qui restait des compagnies Pertus et Hebert put battre en retraite.

Quand l'ordre de retraite générale fut donné, à la tombée de la nuit, le commandant Pugliesi-Conti dit au lieutenant de vaisseau Gamas : « c'est vous qui aviez raison, voulez-vous que je vous embrasse ? »

Telle fut l'affaire de Beerst, le 19 octobre 1914. Le capitaine Gamas perdit dans cette action 1 tué et un blessé  (cf. carnet de guerre)

 

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